Niché sur les bords du lac Supérieur, à Duluth, dans le Minnesota, ce manoir remarquable est un véritable joyau architectural et artisanal, témoignant du savoir-faire du Midwest américain au début du XXe siècle.
Il offre, en outre, un aperçu de la vie rêvée d’une famille américaine de l’époque : les Congdon.
Chester Congdon était un avocat et un homme d’affaires prospère de New York. La région du nord du Minnesota, abondante en minerais de fer, intéressait fortement le célèbre magnat John D. Rockefeller. Chester Congdon a convaincu son client de l’époque, l’Oliver Mining Company, de s’allier avec un rival de Rockefeller pour former U.S. Steel... ce qui l'a considérablement enrichi.
Par philanthropie, il est aussi à l’origine de la création de la route panoramique qui borde le lac Supérieur.
Membre du Parti républicain, il a siégé au Parlement du Minnesota pendant 4 ans.
Sa femme, Clara, une intellectuelle engagée dans des causes humanitaires, a préféré se consacrer à l’éducation de leurs sept enfants en restant au foyer.
Mais, malgré ce tableau idyllique, le 27 juin 1977, le manoir a été le théâtre d’un terrible drame. L’une des filles Gordon a été assassinée par sa fille adoptive dans le but de lui voler sa boîte à bijoux.
Nichée au cœur d’un vaste parc de 5 hectares, cette majestueuse demeure offre une superficie habitable impressionnante de 1900 mètres carrés. Elle compte pas moins de 39 pièces, dont 12 salles de bain (un record pour l'époque), une chaufferie, une buanderie, une salle de bal, des écuries, une serre et même un hangar à bateaux.
Elle pouvait accueillir confortablement les 8 membres de la famille ainsi que leurs 12 employés de maison.
La construction a débuté en 1905 et s'est achevée en 1908. Elle a coûté 854 000 dollars, soit l’équivalent de 27 millions de dollars en 2025.
En 1979, le domaine de Glensheen a été légué à l’Université du Minnesota et est devenu un musée accessible au public.
Ce qui m’a le plus surpris pendant la visite, c’est que tout est resté dans son jus, dans un état de conservation remarquable. On a vraiment l’impression de se promener dans une maison habitée par ses propriétaires. Le chapeau haut de forme dans l’armoire ? C’était celui de Chester Congdon. Les correspondances empilées dans le tiroir du bureau ? Elles avaient été rédigées par Clara Congdon. Même les draps pliés dans l’armoire à linge avaient été soigneusement rangés par l’une des femmes de chambre (d'après le guide).
Chose rare aux États-Unis, le bâtiment est en brique, avec un toit pentu en tuiles d’ardoise, et des vitraux font office de fenêtres.
La résidence décorée par William French, célèbre designer américain de l’époque, propose un mélange éclectique de styles, allant du style victorien à l’Art nouveau. Il a également conçu le mobilier de la maison, l’harmonisant avec le style de chaque pièce. Aujourd’hui encore, ce mobilier n’a presque pas changé.
Les murs sont revêtus de placage en noyer / acajou / cyprès / chêne / bouleau, tandis que les meubles de chaque pièce sont fabriqués dans le même bois que les revêtements muraux.
Quelques papiers peints et textiles de décoration datent également de cette époque.
Les couloirs sont ornés de pochoirs et de sculptures sur bois datant de la même époque.
Les murs et les plafonds sont revêtus de laine, de soie, de toile de jute et de feuilles d’or.
Les murs de la résidence historique des Congdon sont ornés d’une impressionnante galerie d’art américain, mettant en vedette des artistes renommés, tels que Charles Warren Eaton, Henry Farrer, Childe Hassam, entre autres.
La maison abrite également une jolie broderie de soie représentant les chutes de Yōrō (cascades japonaises) réalisée par Yōzō Nagara.
L’intérieur est aménagé à la manière d’un hôtel, avec des espaces familiaux somptueusement décorés et ornés de bois précieux, comme vu précédemment, tandis que les quartiers du personnel domestique sont plus spartiates, mais modernes pour l’époque.
Chaque pièce est équipée d’un interphone relié directement à la cuisine, ainsi que d’un thermostat régulant la température de la pièce. C’était des avancées révolutionnaires pour l’époque.
Il convient de souligner que les préoccupations environnementales n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, puisqu’il fallait brûler chaque année plus de 150 tonnes de charbon pour chauffer Glensheen !
Les jardins ont été créés par le célèbre paysagiste de l’époque, Charles Wellford Leavitt. En tant qu’architecte paysagiste de Glensheen, il a reçu pour instruction des Congdon de préserver autant que possible la beauté naturelle du site ainsi qu’un maximum d’arbres.
Il a finalement décidé de créer un jardin à l’anglaise, caractérisé par des allées tortueuses offrant des perspectives pittoresques sur le lac, ainsi qu’une magnifique fontaine sur la terrasse principale.
Il a également été mandaté pour rendre le domaine autosuffisant, ce qui a exigé la création d’un vaste potager, d’une serre, d’un verger, d’une étable et d’un réservoir d’eau.
Se rendre à Glensheen, c’est faire un véritable saut dans le passé. C’est découvrir le mode de vie d’une famille de notables avec tout le confort que cela engendre. Je dois avouer que j’ai été agréablement surpris, car je ne m’attendais pas du tout à ça.
Finalement, on réalise que les progrès dont nous parlons aujourd’hui existaient déjà à l’époque, mais sous une forme un peu plus rudimentaire. Je pense notamment aux thermostats d’ambiance, aux interphones, aux 12 salles de bain…
Sachez que les propriétaires proposent des visites thématiques, qui vous permettent de vivre une expérience différente à chaque fois (horticulture, personnel domestique, écurie). À mes yeux, la meilleure saison intérieure est celle de Noël, avec ses nombreuses décorations lumineuses, tandis qu’à l’extérieur, l’automne offre des couleurs uniques dans le parc.